" L'homme n'est peut être pas fait pour rester seul, mais il l'est pourtant - même marié, l'homme demeure seul et abandonné sur une planète qui fonce dans le vide intersidéral à la vitesse de 29,79 kilomètres par seconde. L'homme naît, court, se dépêche de vivre, lit des livres, va au cinéma, souffre, prend son petit-déjeuner, meurt. Parfois, dans l'intervalle, il peut lui sembler qu'il n'est pas fait pour le célibat éternel. Il risque alors de tomber amoureux c'est-à-dire mentir à une jolie femme autant qu'à lui-même. Observons-le avec un oeil attendri : il cherche à séduire comme un député en pleine campagne électorale ; se doute-t-il que ses promesses ne seront pas tenues ? Il peut tenter de se persuader qu'il est heureux. Il se mariera, se reproduira, prendra des photographies en couleurs pour tenter d'immortaliser l'éphémère. Comme il est émouvant de le voir sourire sur les clichés. Dans ses bras, il tient un bébé tout rose, lequel ne sait pas encore qu'il finira seul, lui aussi. Dans sa main, il serre celle de son épouse (est-ce pour l'empêcher de partir ou seulement pour se rassurer ?).
Personnellement, je vis avec quelqu'un parce que je suis faible. Je n'ai pas le courage de rester seul, ni celui de me remarier. Il existe une zone de flou artistique entre le célibat dépressif et le mariage ennuyeux : baptisons-la bonheur. Le couple sert à protéger les lâches contre la vérité de ce monde. "
" La solitude à plusieurs " , Nouvelles sous ectasy , Beigbeder